La mort du Petit Père

Publié le par Le Canard

Si cela vous a échappé, ce qui m'étonnerait beaucoup, l'Abbé Pierre est mort ce matin. Loin de moi l'envie d'en faire son hommage, d'écrire un éloge, je vais plutôt parler de son impact sur la politique française.

Bien avant les Restos du Coeur, l'Abbé Pierre avec son association Emmaüs avaient alerté les médias et les politiques sur la situation désastreuse des SDF en France. En collectant des vêtements, en luttant contre l'exclusion, on peut toutefois malheureusement constater que ses fameux "coups de gueule" ont peu porté leurs fruits. J'irai même jusqu'à dire que même si son action était honorable, elle a eu des effets pervers.

En effet, à cause de la multiplication des associations d'aides, l'Etat s'est cru autorisé à ne plus agir dans le domaine social, allant même jusqu'à donner des subventions à ces associations. L'obligation, au minimum morale de l'Etat envers tous ses citoyens, voire toutes les personnes installées sur son territoire est ainsi écartée. C'est sur les associations que se fondent la partie la plus importante de la politique de lutte contre la pauvreté. L'unique contribution de l'Etat serait la CMU (Couverture Médicale Universelle) qui donne à tout le monde, citoyens comme étrangers, le droit aux soins de base. La CMU n'est pas de la charité, ni une politique sociale mais un politique de santé pour limiter les risques d'épidémie.

La critique fondamentale que je porte aux associations, c'est qu'elles se substituent à l'Etat. Or, l'Etat a des obligations d'égalité, d'universalité, alors que les associations se concentrent sur certains domaines. On le voit avec la lutte contre les maladies orphelines. Peu médiatisées, ces maladies ne sont pas "assurées" par les associations et encore moins par l'Etat. De plus, la pluralité des associations pose des soucis de gestion, de concurrence. Alors que l'Etat agit d'une seule main sur un sujet, plusieurs associations peuvent agir en concurrence et même se gêner mutuellement.

Je pense que les associations doivent exister pour une seule mission : information, que ce soit par le conseil, l'alerte ou même la représentation. La loi de 1901 allait à l'encontre de l'esprit de la Révolution qui voulait que rien ne se situe entre l'Etat et l'individu. Mais, force est de constater que l'individu est souvent faible face au pouvoir étatique. C'est pourquoi l'association à une raison d'exister à condition qu'elle ne concurrence pas les obligations de l'Etat.

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Publié dans Le Canard barbote

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